Parler l'invisible - par Lino Polegato

L.P. Le site www.jeanpaulthenot.fr parle de géobiologie et de travaux déjà effectués, ce n’est donc pas une option nouvelle ?

J.P.T Parti d’une idée thérapeutique, soigner en réduisant les nuisances dues au sous sol ou en aménageant de nouveaux espaces à vivre, j’en suis venu à détecter les implantations de certains lieux privés ou publics, notamment les cathédrales, entre autres.

Des chercheurs comme Georges Lakovsky s’en sont préoccupés dans les premières années du vingtième siècle. Il avait établi une carte des cancers et de leurs probabilité d’occurrence, selon la nature du sous sol des arrondissements de Paris. Un médecin, Larvaron a même réalisé une thèse de médecine sur ce sujet.

La plupart du temps, il me suffisait de déplacer le lit ou le poste de travail. Parfois il fallait dévier l’énergie émise par les réseaux souterrains, en faisant une sorte d’acupuncture terrestre. Un article sur mon travail était d’ailleurs paru dans la revue de l’Association du Transpersonnel, vers les années quatre vingt dix.

Depuis l’idée m’est venue de faire une topographie des Musées et lieux d’art, c'est-à-dire de la part invisible qui conditionne l’attention, le bien être, voire le malaise qui prend certains visiteurs. Souvenons nous du syndrome de Stendhal et des malaises ressentis dans les Musées florentins, à cause de l’extase provoquée par ces chefs d’œuvre. Si les chefs d’oeuvres n’en doutons pas y étaient et y sont encore pour quelque chose, il faudrait aussi ausculter l’invisible des lieux eux-mêmes …

 

C’est en quelque sorte donner forme à l’invisible ?

Ce travail peut être relié au « Cabinet de voyance », à la part de non perceptible, qui malgré tout nous influence. Accéder à la demande de quelqu’un pour répondre à une question sur son futur, pour l’amuser, l’inquiéter ou la rassurer, c’est jouer avec des fantômes, c'est-à-dire de l’invisible psychique, les représentations qu’il a de lui-même et des autres, une topographie psychique cette fois où existent des flux de conscience qu’on ne voit pas à première vue mais qui sont explorables.

Selon Gabrielle Buffet-Picabia, la tentative de capturer le non perceptible ou le difficilement perceptible, serait l’une des directions du XX° siècle en art. De près ou de loin, c’est l’infra mince de Duchamp. Dans le livre qu’il lui a consacré, Thierry Davila parle de cette exploration, qui est à la limite de l’apparition ou de la disparition, sur le bord de la distinction ou de l’indifférenciation, au seuil du visible ou de l’invisible.

Et cette recherche du peu de réalité est cependant capable d’ouvrir le champ perceptif.

L’art est parfois traversé par des œuvres à la ténuité extrême qui visent à parcourir l’imperceptible, à en faire l’expérience. Ces phénomènes se situent au bord du sens et de la signification, c’est à dire qu’ils font de l’inaperçu le critère même de l’accomplissement artistique …

 

L’artiste serait celui qui parle l’invisible ?

Tout le monde peut parler l’invisible. L’artiste devrait être celui qui traduit notre relation au monde. Il reste celui qui est au centre de la relation, de l’échange et de la communication. C’est le lien à autrui qui en est le fondement. Il est celui qui aide à percevoir ce qu’on ne perçoit pas au premier regard. Il est celui qui « invente » au sens classique l’œuvre : ces réseaux et fréquences sont invisibles mais existants. C’est en ce sens que Christophe Colomb, Newton ou Einstein sont des inventeurs : le continent et les lois existaient dans la nature, mais attendaient qu’une personne les découvre aux autres. Donc inventeur au sens où les passages d’eau, les fréquences des réseaux électromagnétiques existaient avant la découverte ou la redécouverte.

Chacun peut montrer l’invisible à l’œuvre à travers sa propre expérimentation.

Avec l’approche sensitive chacun peut jouer de son corps, et révéler à travers sa médiation une forme, un espace invisible où il se passe quelque chose. Trouver des zones invisibles positives ou négatives est-il du body art ?

Une photo de cet événement donne rien. L’essentiel se situe dans la sensation et le ressenti. Comme dans la voyance, l’invisible est à l’œuvre à travers la personne qui expérimente. Son corps, sur la photo n’est que simple représentation. L’événement est ailleurs. Je me vois très bien mettre des visiteurs à la découverte de cet invisible, en leur confiant baguettes et antennes pour qu’ils ressentent, expérimentent et trouvent une part d’invisible et pour qu’ils la développent, en tant qu’œuvre et qu’expérience .En d’autres temps on disait «  Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’univers et les dieux. »

 

Comment expliquer que cette chose soit possible à main nue ?

Des contrôles scientifiques peuvent être réalisés avec de nombreux appareils, statimetres, ionomètres, détecteurs de radon…Pour ce qui concerne le ‘comment ça se passe’ des labos américains ont corroboré les découvertes et les expérimentations d’Yves Rocard, comme quoi de petits éléments de magnétite sont localisés dans différentes parties du corps, qui permettent à l’individu d’être sensible à des modifications parfois infimes, dues aux réseaux divers ou à la composition du sol, c'est-à-dire à des différences de champ magnétique.

A main nue, on peut s’aider d’instruments sensitifs pour amplifier la réponse : rade master, baguettes ou pendule. Mais ils ne sont rien en eux-mêmes, ils ne sont que des amplificateurs.

L’important est d’être dans une bonne condition psychique et physique, d’effectuer un travail sur soi et également de pratiquer avec un spécialiste. A de rares exceptions, avec un bon initiateur et un peu d’entraînement tout le monde est capable d’y arriver.

 

Publié in FLUX NEWS n°55, 2011